Lanniversaire de Garnier père
18 juin 1755- 18 juin 2005
250ème anniversaire de Joseph-François Garnier (1755-1825)
Il ne sagit pas, en loccurrence, du Garnier dont le déménagement du monument a récemment déchaîné tant de passions et fait couler autant dencre et produire tant de salive à Lauris ! Le temps fait son uvre, lorage sest calmé, et, bientôt, les laurisiens auront limpression davoir toujours vu le buste de Garnier où il trône dorénavant, à proximité de lHôtel de Ville ! Le temps est venu aussi de remonter un peu dans lhistoire et de se poser la question, toute simple : « on sait que Joseph Garnier (le buste) est considéré par les laurisiens comme leur bienfaiteur et un monument, une avenue et une place perpétuent son souvenir. Beaucoup savent que lorigine dune telle dévotion est liée au geste extraordinaire de générosité et daltruisme quil avait accompli en léguant au village, par testament, la moitié de sa fortune- lautre allant à Neuilly-sur-Seine, dont il fut le maire - . Mais clin dil de cette affaire- on doit remarquer, sans esprit de chauvinisme aucun, que ce généreux Garnier nétait pas né à Lauris, mais
.en Bretagne, en 1796 » !
On doit remarquer également une phrase de son fameux testament de 1865, laquelle stipule quil fait ce legs « A la commune de Lauris, où est né mon père et quil a toujours aimée».
Sans vouloir diminuer en quoi que ce soit la beauté et la grandeur du geste de « Garnier fils », il est permis de se demander qui était donc ce père, et pourquoi avait-il aimé Lauris dun amour si profond et en quoi ce village lui conservait autant de reconnaissance ?
A mon humble avis, cest là que lhistoire présente le plus dintérêt
pas « financier » cette fois-çi !
On ne va surtout pas dans cette histoire dresser le fils contre le père, comparer les mérites de chacun, évaluer si une grosse somme dargent qui a pû servir à bien des choses- est plus digne de rester dans les mémoires que les qualités dun artiste, dun musicien, tel que le fût le père « Garnier »
Toutefois, il est grand temps maintenant de sintéresser à ce personnage, attachant à plus dun titre. En voilà en effet un bel exemple de réussite dun jeune « parti de rien », infortuné, issu de milieu modeste (ses parents étaient des paysans, le père un cordonnier issu dune ancienne famille laurisienne).
Quelle fée égarée par là, décida-t-elle que ce « minot », vers lâge de 14 ans, serait propulsé non pas dans les champs mais parmi les
« chants » de lOpéra de Paris !
Qui plus est- mais la place manque pour en parler ici- ses deux frères suivront le même chemin, formant à eux trois une fratrie à la destinée inouïe !! et rarissime !
Pour ne citer donc que Joseph-François, il va connaître un cheminement tout bonnement incroyable : on le verra, traversant apparemment sans dommages, tous les régimes, -un peu comme le boulanger , lequel, en bon artisan, continue à faire son pain, quoiquil arrive -. Il lui en aura fallu de la diplomatie, de lArt et du savoir faire pour- et je résume occuper les postes de Premier hautbois à lOpéra, professeur à la Garde Nationale, apprécié par les Révolutionnaires (la Convention le nommera premier titulaire de la charge de professeur de hautbois, dès la création du Conservatoire en 1795).
En tant quhautboïste à lOpéra, il sera des créations de tous les ouvrages lyriques de son époque, la plus prestigieuse pour cet Art, il travaillera avec les plus glorieux musiciens - Gluck en particulier -. Il jouera pour les premières représentations des opéras de Mozart en France
et il sera lui-même compositeur, écrira une méthode pour son instrument, se lira damitié avec les plus illustres- le grand Kreutzer en particulier, lequel lui dédiera plusieurs compositions -.
Puisse loccasion de son 250 ème anniversaire le sortir de loubli, et puisse Lauris honorer lun de ses plus illustres anciens, né ICI.
Après tout, Lourmarin est bien fière de Camus et Vaugines de Bosco, Lacoste se gargarise aujourdhui du divin marquis de Sade
qui eux, quelque-soit leur mérite, nétaient pas « natifs de ces lieux » !
Pour terminer, je tiens absolument à rendre hommage à Jeanne Tardieu : elle na pas connu « nos » Garnier
mais cest bien elle, qui, la première, a eu la curiosité de sy intéresser, avant de sen passionner. Grâces lui soient éternellement rendues.
Jacques Rouchouse
Lundi de Pentecôte, 16 mai 2005
Pour en savoir plus il y a le livre de Jacques Rouchouse sur le Mystère des Garnier (librairie de Lauris) et une conférence de lintéressé qui se tiendra dans le cadre de lOffice du Tourisme le 11 août prochain au château, salle Bloch
Ci-dessous : Signature du père Garnier sur une lettre demandant une revalorisation de son traitement auprès de Mr de Luçay, préfet du Palais Impérial des Tuileries le 26 Germinal an 13 (mars 1805).

